Comment l’homéopathie peut-elle avoir ses DU ?

En fait, c’est pas si compliqué

Alors que le doyen de la faculté de Lille a décidé de fermer le DU d’homéopathie, What’s up Doc s’est demandé : mais au fait, comment on crée un DU ?

Internes, médecins et autres professionnels de santé peuvent s’inscrire à des diplômes universitaires (DU) ou interuniversitaires (DIU) pour se perfectionner dans une spécialité ou un thème. Des DU de toutes sortes existent, de la médecine du sport à la parasitologie, en passant par la gestion du contentieux médical ou la communication dans le domaine de la santé.

Le 31 août dernier, la fac de Lille annonçait qu’elle suspendait son DU d’homéopathie.

Une intervention remarquée en pleine guerre des #fakemed, et qui soulève une question : comment naissent et vivent ces formations ?

Enseignement universel

Pour en savoir plus, What's up Doc a contacté le président de la Conférence des doyens des facultés de médecine, le Pr Jean Sibilia. Pour commencer, il rappelle que les DU et les DIU ne font pas partie de la formation obligatoire, et qu’il n’est pas question d’enseigner les médecines alternatives aux professionnels de santé qui ne le souhaitent pas.

Il défend en revanche l’idée que la formation doit s’étendre au-delà des disciplines validées. « Il ne faut pas confondre remboursement et enseignement, ni se limiter à l’enseignement de ce qui est certain », estime-t-il. « Il faut aussi former à l’esprit critique et refuser d’être dogmatique. L’université doit tout enseigner, et il serait irresponsable de ne pas le faire ». Elle doit le faire, nuance-t-il, dans les limites de la transparence et de la rigueur scientifique, en montrant ce que la science suggère – comme les bénéfices liés à la pratique de l’homéopathie –, et ce qu’elle a démonté – comme l’effet des médicaments homéopathiques versus placebo.

Et si l’université n’enseignait pas l’homéopathie, qui le ferait ? « Les patients sont demandeurs, des médecins continueraient donc de se former, et le secteur privé et les industriels auraient un monopole sur l’enseignement, laissant écouter des messages non académiques », explique le Pr Sibilia.

Les DU en roue libre

Les arguments s’entendent, mais dans cette vision idéale du savoir se cache une réalité : les DU d’homéopathie enseignent souvent sans le recul de la validation scientifique. Une critique qu’entend le président. « Le problème s’est posé à Lille », confie-t-il. « Le doyen s’est aperçu qu’il n’avait pas le contrôle sur le contenu du DU d’homéopathie ». Ou alors, il s'est rendu compte que ça devenait touchy.

Comment cette perte de contrôle est-elle possible ? Tout simplement à cause d’un manque de validation. Une fois le DU créé, si son responsable ne change pas, l’enseignement qu’il prodigue n’est pas révisé… parfois pendant plusieurs dizaines d’années ! Pour y remédier, Jean Sibilia explique que la conférence des doyens réfléchit à une manière de revoir régulièrement leur contenu pédagogique. Pour renforcer la rigueur des enseignements, une charte destinée aux médecines complémentaires et alternatives serait également à l’étude.

Il serait peut-être aussi opportun de renforcer la validation lors de la création des DU et DIU. Il suffit en effet, pour en ouvrir un, d’être un universitaire (ou d’en avoir un comme garant) et de proposer un contenu en accord avec les exigences administratives (volume horaire de cours, droits d’inscription etc.) et de transparence (liens d’intérêts). Le contenu pédagogique est ensuite validé par quelques experts de l’université, puis par le Conseil des études et de la vie universitaire (Cevu), et enfin par le doyen. En résumé, il suffit d’avoir quelques potes à la fac pour lancer une formation.

Voilà comment les universités en arrivent à former à la science de la dilution homéopathique. Alors que les Fakemed Wars font rage, WUD propose un DU qui pourrait ramener la paix : « Utilisation de l’effet placebo en médecine ». Il ne reste plus qu’à trouver un universitaire.

Source: 

Jonathan Herchkovitch

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