L'attentat et la pudeur

David, jeune parisien de 24 ans, voit sa vie bouleversée quand sa soeur décède dans un attentat. Il va devoir du jour au lendemain veiller sur Amanda, sa petite nièce de 7 ans. Un beau film impressionniste sur le passage du renoncement à l'engagement.

Impressionnante année cinématographique pour Vincent Lacoste, définitivement THE acteur of 2018. Impressionnant tiercé tant ses trois films, le Honoré, le Lilti et maintenant Amanda sont des oeuvres poussées, délicates, humaines dans lesquelles il impose avec évidence et naturel sa patte, une fantaisie à travers laquelle perce presque constamment une inquiétude, parfois une mélancolie. Bravo à lui...

Le film, à présent. Une histoire de deuil vue à travers deux personnages, que le réalisateur tente de décrire et de cerner avec plus ou moins de bonheur. Tout d'abord David, l'oncle bienveillant qui va devoir endosser un rôle tutélaire. Lacoste nous permet de saisir que son problème n'est pas de passer de l'immaturité à la maturité - mature, il a déjà été contraint de l'être à cause d'un drame familial passé - mais plutôt que les attentats, et surtout la mort de sa soeur, l'obligent à faire des choix qu'il voulait avoir le temps de prendre. Une évolution personnelle accélérée que le film réussit parfaitement à décrire. 

Mais il est aussi question d'une petite fille. Aussi, et même surtout, puisque cette petite Amanda donne son titre au film. Un trompe-l'oeil, car c'est bien David qui est le fil directeur et le centre de gravité du film. On sent que Mikaël Hers a été plus gêné pour aborder le deuil terrible de cette enfant, et que sa pudeur l'en a fait rester à la surface. Cette même gêne qui habite David qui se sent encombré par la présence de cette nièce dont il ne sait comment s'occuper, ni même s'il veut s'en occuper. Au-delà de la tendresse, de l'émotion induite par ses pleurs et ses sourires, Amanda restera finalement un mystère, d’autant plus enseveli que le scénario s’attarde sur une histoire familiale pour le coup assez convenue. La scène de la fin, puissante, arrive trop tard: c’est, paradoxalement, le moment où Amanda est enfin au centre du récit.

Amanda est aussi un film sur les attentats, que le réalisateur aborde de façon là encore juste et mesurée. Une scène suffit, le silence et la nuit qui tombent, l’horreur muette, la vie confrontée à la mort. Quelques rémanences de ce traumatisme terrible égrènent le film, sans esbrouffe. Les secousses sismiques en sont essentiellement souterraines, contenues. En filmant comme rarement un Paris lumineux, silencieux et généreux, Mikaël Hers suggère que le territoire, ce réseau de bâtiments, de voies, de personnes, d'espaces préservés, de gestes quotidiens apparemment anodins, est en lui-même réparateur, source de réconfort et de résilience. C'est peut-être cette façon si simple et si émouvante de filmer le coeur d'une ville que l'on croît connaître qui est la signature de ce film impressionniste.

Portrait de Guillaume de la Chapelle

 

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