Le landernau de la santé percuté par les gilets jaunes

Le mouvement des gilets jaunes contamine l'ensemble de la société, y compris le monde de la santé. Si certains soignants ou médecins y sont favorables, d'autres mettent en garde contre ce mouvement...

Depuis début novembre, le mouvement des gilets jaunes occupe l’espace politique en France. Et le monde de la santé n'est pas épargné par les revendications, mais aussi les débordements des ce mouvement citoyen. Sur l'ile de la Réunion, où le mouvement est très suivi par la population, l’agence régionale de santé (ARS) a décidé de déclencher le plan blanc à compter du 28 novembre 2018. « En effet, à l'issue de 11 journées consécutives de blocage intense des voies de circulation, la poursuite des circonstances exceptionnelles à tous égards que nous connaissons justifie que les directeurs d'établissements de santé publics puissent organiser, en fonction de chacun des contextes,  la poursuite des activités hospitalières pour répondre aux situations d’urgence », explique l’ARS. À Tours, un médecin urgentiste fait le tour des médias pour conter son agression par des gilets jaunes qui, malgré son caducée, l’ont empêché de circuler.

Syndicat soignants avec les gilets jaunes, le Cnom pas indifférent

À rebours ce ces positions catastrophistes, des associations, syndicats de professionnels de santé, ou simples citoyens, soutiennent le mouvement des gilets jaunes. La fédération nationale des infirmiers (FNI), qui a soutenu le mouvement des infirmiers du 20 novembre dernier, a publié un communiqué pour apporter son soutien aux gilets jaunes. « Les IDEL, qui sont les seuls professionnels de santé à rentrer dans le quotidien de millions de Français, savent combien certains d’entre eux parmi les plus vulnérables sont confrontés à des difficultés économiques et sociales grandissantes », commente le syndicat. Le FNI, constate notre système de santé, s’est abimé à coups de « dogmatisme médico-centré ou enarco-administratif » ou encore comptable.

Résultat, les déserts médicaux se multiplient. Et de menacer : « L’impatience est en train de gagner les rangs des IDEL et le Gouvernement serait bien inspiré de cesser de tergiverser et d’apporter à notre profession les réponses qu’elle attend depuis trop longtemps ». Le Conseil national de l’ordre des médecins (Cnom), dans son atlas médical 2018, fait également référence aux gilets jaunes. « Alors que l’actualité est dominée par un mouvement – les gilets jaunes – qui trouve son origine dans de nombreuses fractures sociales et territoriales, l’Ordre des médecins réaffirme que la santé est au cœur du pacte Républicain, et que les médecins sont des acteurs centraux de ce pacte », rappelle-t-il. 

Katia, infirmière et gilets jaunes

Aussi des soignants, en tant que simples citoyens, sont eux aussi acteurs du mouvement des gilets jaunes. Katia Masson, infirmière à Paris, participe aux manifestations parisiennes des gilets jaunes. Elle s'est confiée à WUD. Si elle ne se sent pas forcément concernée par la première des revendications des gilets jaunes sur la hausse du prix du carburant, elle a rejoint le mouvement pour protester contre le coût de la vie et les taux d’imposition. Élevant seule son enfant de 18 ans avec un salaire net de 1800 euros net par mois, elle est obligée de multiplier les vacations pour tenter de s’en sortir. « Je travaille entre 64 et 70 heures par semaine. Quand je bosse quatre nuits par semaine, j’en donne une à l’État », s’insurge-t-elle.

Et elle n’est pas la seule à se mobiliser. « Le mouvement est de plus en plus féminin, et les soignantes sont de plus en plus nombreuses ». Pour Katia, il faut plus de « justice sociale » : cela passe par le rétablissement de l’ISF, la défiscalisation des heures sup’. « C’est le milieu capitaliste qui me dérange actuellement, moi je voudrais aller au moins une fois par mois au resto et au ciné », ajoute-t-elle. Les soignants sont donc impliqués dans le mouvement. Pas étonnant, puisque dans leur plateforme revendicative, les gilets jaunes n'oublient pas la santé. Ainsi, ils revendiquent plus de moyens pour la psychiatrie, l'arrêt de la fermeture des maternité, une hausse de l'allocation adultes handicapés. Cette jonction entre soignants et gilets jaunes n'est pas du goût de tous. 

Mise en garde de Lamine Gharbi, président de la FHP

Ainsi Lamine Gharbi, président de la FHP, dans un message diffusé sur Facebook, appelle les salariés des cliniques à prendre leurs distances avec le mouvement des gilets jaunes. « Les prochaines mobilisations des « gilets jaunes » portent le risque de déborder du cadre républicain de la liberté d’expression en engendrant de nouvelles violences. Dans ce contexte, il est de notre devoir collectif d’appeler nos salariés à adopter, dans les temps à venir et particulièrement samedi prochain, une attitude responsable en évitant de prendre part aux manifestations annoncées ». Sera-t-il entendu ? Réponse samedi prochain. 

Portrait de Jean-Bernard Gervais

 

Vous aimerez aussi

Retour sur l’affaire du CH de Saint-Malo, avec celui qui l’a révélée
17 propositions pour se rapprocher
Petite lecon de charisme

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.