Près d’un carabin sur deux concerné par le burn-out

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Les étudiants en médecine du monde entier sont dans le même bateau

Une méta-analyse française suggère que dans le monde, 44,2 % des étudiants en médecine sont victimes d’un burn-out avant l’internat. Les Français, les Européens et les autres sont dans le même bateau.

Voilà plus de 100 ans que la santé mentale des médecins pose question. En 1903 déjà, le Chicago Tribune publiait une étude dans le JAMA sur le nombre de suicides chez les praticiens américains, compilés sur douze ans. Elle alertait sur un taux qui « excédait de loin le taux moyen de suicides dans la population générale ».

Cent quinze ans plus tard, le burn-out chez les médecins est enfin devenu un véritable sujet d’inquiétude et de santé publique. Il était alors temps de s’intéresser également aux étudiants en médecine. En 2017, l’Intersyndicale nationale des internes menait une enquête révélant que deux tiers des externes, internes et chefs de clinique assistants souffraient d’anxiété, 28 % de dépression, et 24 % d’idées suicidaires. Une question demeure : quand est-ce que ça commence ?

44,2 %

Une méta-analyse pilotée depuis l’hôpital Saint-Anne et l’unité Inserm U894 de psychiatrie et neurosciences tente d’y apporter une réponse. Publiée en ligne le 29 octobre dernier dans la revue European Psychiatry, elle suggère que la prévalence du burn-out s’élève à 44,2 % chez les étudiants, avant l’internat.

Pour arriver à cette stat, l’équipe de chercheurs a compilé 24 études portant sur plus de 17 000 carabins du monde entier. Elles ont révélé que plus de 8000 d’entre eux étaient concernés, sans distinction significative entre les sexes. Quelques disparités ont été observées selon les zones géographiques. Les chercheurs ont ainsi remarqué une prévalence légèrement supérieure en Océanie et au Moyen-Orient.

Pour les auteurs, plusieurs facteurs contribuent à ces résultats : le stress en lien avec la compétition et les examens, les conditions de travail à l’hôpital pour les externes, l’exposition à la souffrance et à la mort, le management, le coût des études. D’autres peuvent s’ajouter dans certains pays : guerre, terrorisme, pauvreté…

Santé mentale, santé tout court

« Nos résultats soulignent le haut niveau de détresse dans la population médicale », concluent simplement les auteurs. « Ils doivent encourager le développement de stratégies préventives ».

Ces stratégies, certains tentent de les mettre en place en France. Les syndicats d’étudiants en médecine poussent pour faire reconnaître le mal-être de leurs adhérents. L’Association des étudiants en médecine de France (Anemf) et sa présidente, Clara Bonnavion, ont ainsi fait de cette année celle du bien-être des carabins. Leurs revendications semblent avoir été entendues. Même si cette problématique n’est pas la seule à l’avoir motivée, la réforme des études de médecine et la disparition des ECN et du numerus clausus ont officiellement été justifiées dans ce sens.

Si la publication du JAMA de 1903 avait soulevé une question, il aura fallu plus d’un siècle pour que le mal-être des soignants et des étudiants en médecine devienne une véritable préoccupation. Certains médecins diront encore aujourd’hui qu’ils sont « passés par là et qu’ils n’en sont pas morts ». D’autres ont pourtant mis fin à leurs jours, ou simplement abandonné.

Pour d’autres encore, le burn-out s’est exprimé à travers d’autres problèmes de santé, notamment par des addictions au tabac, à l’alcool ou aux antidépresseurs. « Comme l’Académie française de médecine l’a rappelé dans son rapport sur le sujet, le burn-out apparaît avant le développement de désordres psychiatriques, y compris l’anxiété et la dépression », rappellent les auteurs de la méta-analyse.

Portrait de Jonathan Herchkovitch

 

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