Jusqu’à 7 ans de déclin cognitif retardé grâce à l’activité physique chez des patients à risque de maladie d’Alzheimer

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Une étude observationnelle publiée dans Nature Medicine montre que même des niveaux modérés d’activité physique sont associés à un ralentissement du déclin cognitif chez des individus à risque de maladie d’Alzheimer préclinique. Les bénéfices observés sont étroitement liés à une progression plus lente de la pathologie tau.

Jusqu’à 7 ans de déclin cognitif retardé grâce à l’activité physique chez des patients à risque de maladie d’Alzheimer

© Midjourney x What's up Doc

 

L’accumulation de tau, marqueur clé de la progression de la maladie d’Alzheimer, pourrait être modulée par un facteur simple : l’activité physique. C’est en tout cas la conclusion d’une étude dont les résultats sont parus en novembre 2025 dans la revue Nature Medicine. Une activité physique plus élevée, mesurée par podomètre, est associée à un ralentissement significatif du déclin cognitif et fonctionnel chez des adultes âgés cognitivement indemnes mais présentant une charge amyloïde cérébrale élevée. Ce bénéfice apparaît principalement médié par une accumulation plus lente de la protéine tau, élément central de la cascade physiopathologique de la maladie d’Alzheimer.

L’analyse porte sur 296 participants, âgés de 50 à 90 ans, tous cognitivement indemnes au début du suivi. La charge amyloïde et l’accumulation de tau ont été évaluées par tomographie par émission de positons. Les participants ont bénéficié d’un suivi cognitif annuel sur une durée médiane de 9,3 ans, pouvant aller jusqu’à 14 ans, et un sous-groupe a bénéficié d’examens TEP répétés afin de suivre l’évolution de la pathologie tau.

Une association entre activité physique et déclin cognitif

Les résultats montrent que, chez les individus présentant une charge amyloïde élevée au départ, une activité physique plus importante est associée à un ralentissement significatif du déclin cognitif évalué par le score PACC5, ainsi qu’à un ralentissement du déclin fonctionnel mesuré par le score CDR-Sum of Boxes. Les analyses statistiques mettent en évidence une interaction significative : une activité physique plus élevée était liée à un déclin plus lent du ÄCC5 lié à la charge amyloïde (β = 0,10 ; P < 0,001) et pour le déclin fonctionnel (β = −0,14 ; P = 0,001).

Les auteurs montrent que l’association entre activité physique et ralentissement du déclin cognitif est largement médiée par une diminution de l’accumulation de tau dans le cortex temporal inférieur. Chez les participants amyloïdes positifs, la réduction de l’accumulation de tau médie 84 % de l’effet observé sur le ralentissement du déclin cognitif (effet médié : β = 0,59 ; p < 0,001), suggérant un rôle central de la pathologie tau dans les bénéfices observés 

Une activité modérée suffit à limiter l’avancée de la maladie

Les participants ont été répartis en quatre groupes selon leur niveau d’activité physique : ≤ 3 000 pas/jour (inactifs), 3 001 - 5 000 pas/jour, 5 001 - 7 500 pas/jour, et ≥ 7 501 pas/jour. Chez les individus amyloïdes positifs, même un faible niveau d’activité physique (3 001 -5 000 pas/jour) est associé à un ralentissement significatif de l’accumulation de tau et du déclin cognitif par rapport aux sujets sédentaires. Les bénéfices augmentent jusqu’à un niveau d’activité modéré (5 001 - 7 500 pas/jour), au-delà duquel un effet plateau est observé 

En termes cliniques, les auteurs estiment que, chez les sujets amyloïdes positifs, le seuil de déclin cognitif cliniquement significatif est atteint en moyenne après 6,5 ans chez les individus sédentaires, contre 9,6 ans chez ceux marchant entre 3 001 et 5 000 pas par jour, et jusqu’à 13,6 ans chez ceux atteignant 5 001 à 7 500 pas par jour. Ces différences correspondent à un retard du déclin cognitif pouvant atteindre 7 ans pour les niveaux d’activité modérés par rapport à l’inactivité 

Comme le souligne le Dr Jasmeer Chhatwal, auteur principal de l’étude : « Ces résultats expliquent pourquoi certaines personnes présentant des signes de maladie d’Alzheimer ne déclinent pas aussi rapidement que d’autres […]. Les facteurs liés au mode de vie semblent avoir un impact sur les premiers stades de la maladie d’Alzheimer, ce qui suggère que des changements de mode de vie pourraient ralentir l’apparition des symptômes cognitifs si l’on intervient précocement ».

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/partir-de-50-ans-le-sport-booste-la-memoire-jusqua-24-heures-apres-leffort

Ces données observationnelles, bien que ne permettant pas d’établir un lien de causalité formel, apportent des arguments solides en faveur de l’intégration de l’activité physique comme levier potentiel de prévention et de ralentissement de la progression de la maladie d’Alzheimer dès ses phases précliniques. Elles ouvrent également des perspectives pour la conception de futurs essais cliniques ciblant spécifiquement les individus sédentaires à haut risque.

- Un article écrit sous la supervision de notre Conseillère médicale de la rédaction, Dr Cyrielle Rambaud
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