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Le sémaglutide, commercialisé par le laboratoire danois Novo Nordisk sous le nom Ozempic pour le diabète et Wegovy pour l’obésité, figure parmi les médicaments les plus vendus dans le monde.
Avec la tirzépatide de l'américain Eli Lilly, cette molécule appartient à la classe des analogues du GLP-1, qui font perdre du poids en imitant une hormone naturelle qui stimule la sécrétion d'insuline et procure une sensation de satiété.
Le brevet de base qui la protège prendra fin en mars en Chine, puis à horizon 2031 en Europe et au Japon avant les États-Unis en 2032, son plus gros marché, ouvrant la porte au développement de génériques.
La perte d'exclusivité en Chine, où la moitié des adultes sont en surpoids ou obèses, « élargira l’accès aux thérapies GLP-1 » en entraînant « une intensification de la concurrence et une baisse des prix », anticipe Nadim Anwer, analyste pharmaceutique à GlobalData.
Les laboratoires chinois et indiens, maîtres dans les principes actifs, se préparent à « tirer parti de cette opportunité de marché de plusieurs milliards de dollars », souligne l'expert.
Produire à grande échelle
En Chine, une quinzaine d'acteurs locaux sont sur les rangs, comme Huisheng ou encore CSPC Pharmaceutical, identifiés comme les plus avancés, devant United Laboratories, Huadong Medicine et Qilu Pharmaceutical.
Pour Nicolas Picard, gérant spécialisé dans la santé du fonds CPRAM, « la Chine va basculer plus vite que les autres marchés » vers une production massive de génériques « grâce à ses grandes capacités de production de sémaglutide ».
Fabriquer des biosimilaires, copies proches de médicaments biologiques issus d'organismes vivants, est toutefois plus complexe que produire des génériques chimiques classiques.
« Au Canada, le brevet pour la sémaglutide est tombé le 1er janvier, mais aucun biosimilaire n'est encore commercialisé », souligne Nicolas Picard. L'un des plus grands génériqueurs au monde, le suisse Sandoz, a néanmoins soumis un dossier, voyant dans les GLP-1 un relais de croissance « à long terme ».
Si « la première vague de médicaments contre l'obésité était axée sur la rapidité de mise sur le marché », la prochaine phase favorisera les acteurs capables de développer des modes d’administration innovants, de fabriquer « à grande échelle » et de commercialiser leurs produits « auprès des patients en tant que consommateurs », estimait le cabinet Bain & Company dans un rapport début février.
Le marché de l'anti-obésité, jusqu’ici dominé par le duo Novo Nordisk/Eli Lilly, a été transformé récemment par des baisses de prix accordées à certains systèmes de santé aux États-Unis, des nouveaux dosages disponibles, l'offensive de l'américain Pfizer avec le rachat de la biotech Metsera et l'arrivée de versions orales du Wegovy sur le marché américain.
Atouts du comprimé
Cette dernière évolution pourrait s'accélérer : les dossiers de demande d’autorisation de mise sur le marché de l'orforglipron, forme orale d'analogue du GLP-1 développée par Eli Lilly « sont en cours d’évaluation auprès des autorités de santé au niveau international », selon l'intéressé.
Plusieurs analyses ont validé les bénéfices de ce comprimé. Dernière en date, une étude récente du Lancet montre qu'elle est plus efficace pour la perte des poids chez les diabétiques, par rapport à une version orale de son grand concurrent, la sémaglutide.
« Cela va considérablement accroître les opportunités de marché », en le rendant « plus accessible aux consommateurs » qui prendraient ces comprimés « pour perdre un peu de poids » pour « un coût moindre », estime Sean Carroll, spécialiste du secteur santé pour le gestionnaire d'actifs Janus Henderson.
Début février, Novo Nordisk a prévenu que l'expiration du brevet de la sémaglutide sur certains marchés, la concurrence accrue et la baisse des prix allaient affecter ses perspectives de chiffre d'affaires cette année.
Face aux gros enjeux commerciaux, le secteur est devenu aussi le théâtre de batailles judiciaires: Novo Nordisk a annoncé en février des poursuites contre la chaîne américaine de produits de santé Hims & Hers pour violation de brevet.
« Le marché n'en a pas fini » de se redessiner, conclut Nicolas Picard.
Avec AFP
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