Hôpital : le pronostic vital est engagé

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Agir avant le point de non-retour

Les hospitaliers sont inquiets de ne pas voir les promesses du président de la République se concrétiser à court terme dans le plan de réforme du système de santé. Ils le font savoir.

La concertation lancée en prévision de la réforme «Ma Santé 2022» avait fait naître quelque espoir chez les hospitaliers, qui pensaient que cette réforme « systémique » allait se traduire rapidement via des mesures du projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2019 (PLFSS 2019). L’espoir fut de courte durée, et la Conférence nationale des présidents des CME des centres hospitaliers le fait savoir.

Dans un communiqué, elle dénonce le manque de solutions pour répondre à la situation « tant en termes de choc d’attractivité médicale pour les carrières hospitalières que d’investissements pour la transformation ».

Chercher les économies ailleurs

Les présidents de CME insistent sur la nécessité d’un plan d’urgence. Ils réclament une pause dans le plan d’économies imposé à l’hôpital public, même si cette mesure serait « probablement déjà insuffisante ». « Il faut, dès à présent, mettre fin aux fermetures de lits jusqu’à la mise en place d’une réelle alternative médico-sociale et ambulatoire, notamment en termes de maintien à domicile ».

Pour réaliser des économies, ils aimeraient que l’administration se concentre le plus rapidement possible sur la lutte contre les gaspillages, qu’ils qualifient d’économies « saines ». En particulier, sur la pertinence des soins, la rénovation des systèmes d’information et l’allègement des charges administratives ainsi que des injonctions contradictoires, qui « génèrent des coûts indirects rarement pris en compte ».

Le moral dans les chaussettes

Car les déficits, les suppressions de lits, les difficultés à élaborer de nouveaux projets pèsent sur la santé mentale des soignants. Pour appuyer leurs arguments, la Conférence a mené une enquête auprès de 192 présidents de CME, dont les établissements sont représentatifs des différentes structures hospitalières. Sur une échelle de 1 à 10, 80 % d’entre eux évaluent le moral des praticiens de leur établissement à 5 ou moins. C’est pas la joie.


Source : Conférence des présidents de CME de CH

Plus de 78 % d’entre eux estiment que leur CH sera en déficit à la fin de l’année, contre seulement 5 % qui attendent un excédent. Ils sont aussi plus des trois quarts à ne voir aucune marge de manœuvre significative pour retrouver l’équilibre budgétaire…

Now or never

« La recherche constante de mesures d’économies devient, par leur accumulation, insoutenable », dénoncent les présidents de CME dans leur communiqué. « Elle est très souvent déconnectée de la réalité et des besoins de santé des territoires déjà insuffisamment couverts ».

Et à la clé : des départs de médecins hospitaliers excédés ou qui ne voient simplement pas de perspectives de carrière. Des départs qui ne font qu’aggraver la crise. Plus de 72 % des présidents interrogés expriment des difficultés de fidélisation, et observent une accentuation de départs de praticiens.


Source : Conférence des présidents de CME de CH

« Ma Santé 2022 » n’est pas à jeter, mais les effets escomptés et ses répercussions sur l’hôpital public ne se feront sentir qu’en 2022, comme son nom l’indique. L’hôpital a besoin de mesures bien plus urgentes, « avant d’atteindre le point de non-retour », concluent les présidents de CME.

Portrait de Jonathan Herchkovitch

 

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